Une deuxième vie en couleurs pour Robi, le robot
Saint-Imier
Début avril, l’auteur de BD Alain Auderset a sorti son album «Robi pour les intimes» en version couleur. L’ouvrage en noir et blanc a été écoulé à plus de 20’000 exemplaires.
Salomé Di Nuccio
«Dès qu’une BD s’écoule à plus de 2000 exemplaires. on considère déjà que c’est un succès». En connaissance de cause, en tant qu’auteur, l’Imérien Alain Auderset mesure l’intérêt continu que suscite son album «Robi pour les intimes», vendu en l’espace de 20 ans à plus de 20’000 exemplaires. et aussi bien en français qu’en allemand. Publié à l’époque en noir et blanc, l’ouvrage est sorti au début du mois en version couleur aux éditions Auderset Paru en novembre 2005, «Robi» a remporté, en 2007, le Prix de la BD chrétienne francophone du Festival d’Angoulême. En grand ou petit format, il plonge le lecteur dans un monde imaginaire, peuplé d’engins et d’humanoïdes en quête d’identité. On suit le cheminement intérieur du héros, un robot, confronté à maints troubles et questionnements. «Il souffre d’un vide intérieur qu’il essaie de remplir», resitue Alain Auderset, focalisé alors sur l’existence des citoyens lambda d’une mégapole. «Je me demandais s’ils avaient le sentiment d’avoir de l’importance ou s’ils avaient l’impression de n’être que des numéros. Je souhaitais qu’en lisant ce livre, le lecteur parvienne à se sentir unique et aimé.»
Pour réaliser la nouvelle mouture, Alain Auderset a collaboré avec la coloriste alsacienne Priscille De Prins.
Entre larmes et reconnaissance
Dans un registre de BD chrétienne populaire, Robi s’adressait en premier lieu aux adolescents et aux jeunes adultes. Entre enfants et aînés, le titre aura finalement touché un public plus large. «Les gens semblaient vraiment très émus et reconnaissants. Plusieurs personnes m’ont confié avoir pleuré, et d’autres que leur vision de la vie avait changé. Comme si, par rapport à cette lecture, il y avait pour eux un avant et un après», rapporte l’illustrateur, interpellé, entre autres, lors de ses séances de dédicaces. «J’ai moi-même conçu celle BD avec une vraie démarche spirituelle, et autour d’un sujet qui me parlait profondément.»
Outre le message d’espoir véhiculé, «Robi» signe aussi une maturité graphique pour son auteur. «Le niveau de dessin est plus élevé que celui des deux précédents», estime-t-il. Très attaché, à ses débuts, à l’encre de Chine, Alain Auderset avait fait danser les pleins et les déliés, en relevant ainsi le défi du noir et blanc. «C’est en réalité un grand travail, car la couleur aide quand même passablement à la compréhension de l’image.»
Une approche émotionnelle
A l’origine du renouveau polychrome, il y a Priscille De Prins, une coloriste alsacienne trentenaire, troublée, à l’âge de 18 ans, par l’essence et la profondeur du volume initial. «Quand je fréquentais l’école des arts, je me questionnais beaucoup sur le sens de l’art contemporain. J’ai eu l’impression par moments que ce n’était pas mon truc. Lire Robi m’a montré qu’une BD pouvait toucher et émouvoir, et apporter à sa manière quelque chose de plus», exprime-t-elle. Depuis maintenant 13 ans, l’artiste spécialisée collabore étroitement avec l’Atelier Auderset. Encline à teinter une ville robotisée, elle a transcendé une septantaine de planches.
«Quand tout est en métal et même les arbres. on pourrait imaginer qu’il n’y a pas trop de place pour la couleur. Je l’ai utilisée pour retranscrire des émotions. Avec des tons plutôt violets quand Robi est angoissé, ou bleus sombres lorsqu’il est déprimé. Je travaille aussi beaucoup avec la lumière, de façon à diriger le regard du lecteur.» En s’attelant à cette réédition, auteur et coloriste offrent aux bédéphiles une nouvelle lecture de l’album. D’autres amateurs du 9e art seront aussi amenés à s’y intéresser.
«Les BD en couleur se vendent en général plus facilement. Les gens qui recherchent le noir et blanc sont souvent un peu artistes», observe Alain Auderset. L’histoire, intemporelle, se révèle d’autre part très actuelle dans une société toujours plus connectée. Pour sa première sortie de presse, la version colorisée a paru en 1500 exemplaires. «On opte pour la prudence», tempère le dessinateur.


